30° Degrés Magazine - Vincent Munier

Vincent Munier

Texte: 30° Degrés Magazine: Frédéric Rein

Le Français a fait de la photographie animalière sa spécialité. Ses clichés teintés de grâce, souvent pris dans le Grand-Nord, font de lui l’un des plus doués de sa génération. Portrait d’un poète de l’image.

La mémoire de Vincent Munier est peuplée d’animaux sauvages. Le photographe animalier de 39 ans nous guide dans ce grand bestiaire avec une nostalgie matinée de plaisir. Il nous emmène sur l’île canadienne d’Ellesmere, à deux pas du pôle Nord. C’est là que, fin 2013, il a, enfin, croisé une meute de neuf loups blancs, ces fantômes de la toundra, capables de parcourir 80 km en une seule nuit. «J’ai vécu un rêve éveillé durant une demi-heure. Cela faisait 25 ans que personne n’avait réussi à les photographier. C’est le plus beau souvenir de ma vie!» Pour y parvenir, Vincent Munier s’est rendu plusieurs fois dans cette région coupée du monde, où il a dû braver des températures atteignant -47 degrés. «Ces loups symbolisent la nature sauvage. L’un d’eux m’a mordillé la botte et tiré le pantalon pour me tester, ou peut-être pour jouer. Je n’ai pas eu peur, car les loups n’attaquent pas un homme en bonne santé.» En avril, le photographe est retourné une quatrième fois sur place et a de nouveau aperçu quelques loups blancs – tout en ayant la chance de ne jamais croiser un ours polaire, qu’il craint par dessus tout.
Sa plus grande frayeur, il l’a vécue en 2005, alors qu’il parcourait le Kamtchatka à la recherche des ours bruns; ils sont près de 10 000 à peupler cette péninsule de l’extrême-orient russe. L’un d’eux l’a surpris dans son campement. «Il m’a tourné autour pendant 20 minutes, rétrécissant irrémédiablement le cercle qu’il dessinait. N’ayant pas de fusil, je lui ai mis un pétard fumigène sous le museau, puis j’ai sauté dans la rivière pour qu’il ne puisse pas suivre ma trace. Je n’ai pu venir récupérer mon matériel que le lendemain!»

Comme un ermite
Trois ans plus tard, Vincent Munier est de retour au Canada pour assister à la migration des caribous. Alors qu’il se dirige vers Barren Lands, son hydravion finit dans un sapin... Un malheur n’arrivant jamais seul, la tempête se lève, empêchant le groupe électrogène de bien fonctionner et rendant son téléphone satellite inutilisable. Un premier grizzli s’en prend à ses provisions, puis un second rôde toute une semaine près de son campement... «Ce sont les aléas du terrain», explique avec philosophie le naturaliste, qui rêve désormais de panthères des neiges et de tigres de Sibérie. «Je ne suis pas une tête brûlée, mais j’aime bien me tester dans les territoires les plus isolés de la planète, où vivent les grands prédateurs qui me fascinent tant. En quittant mon confort pour entrer en harmonie avec la nature, je suis aussi guidé par une quête intérieure personnelle proche de la méditation. C’est d’ailleurs pour cela que j’aime partir seul, comme un ermite, avec mes skis et mon traîneau.»

«Je ne suis pas un féru de photo»
Cette démarche le ramène dans la forêt vosgienne de son enfance, où il construisait des affûts. A 12 ans, on lui offre son premier appareil photo. «Je ne suis pas devenu un féru de photo pour autant. Si j’en avais eu le talent, j’aurais même préféré être peintre, car je rêve les photos avant de les faire, et il y a des moments que je n’arrive pas à saisir, même si je les vis!»
La photographie s’est finalement imposée à lui comme un moyen de vivre et voyager. Il est d’ailleurs actuellement en Antarctique, au cœur de l’univers polaire du manchot empereur, dans le cadre du projet de Luc Jacquet nommé «Sur les traces de l’empereur». «L’un de mes premiers reportages s’est déroulé sur l’île japonaise d’Hokkaido, où j’ai assisté à la parade des grues dans la neige», rappelle le photographe. Ces clichés se sont retrouvés primés lors du concours BBC Wildlife, en 2000. Sa carrière était lancée, tracée pour le conduire parmi les photographes animaliers les plus doués de sa génération. Le Japon et ses peintres l’ont, dit-il, beaucoup influencé dans sa quête d’esthétisme. Comme eux, il nous transmet ses émotions avec cette douceur graphique mêlée de poésie.

Le nouveau livre de Vincent Munier, «Arctique», aux éditions Kobalann, est paru en octobre 2015.

www.vincentmunier.com | www.kobalann.com

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