30° Degrés Magazine - Luisa Puccini

Luisa Puccini
Des visages et des lumières

Texte: 30° Degrés Magazine: Marie de Pimodan-Bugnon | Photo: Luisa Puccini

Depuis 15 ans, au gré de ses nombreux périples, la photographe italienne Luisa Puccini saisit des instantanés de vie, des paysages grandioses et des visages. En Afrique, de l’Éthiopie au Maroc en passant par la Tanzanie et le Kenya, elle s'empare des lumières et pose un œil plein de douceur sur ses sujets. Un regard qui vaut invitation au voyage.

La vie emprunte souvent des détours inattendus. Elle suit son fil au gré des rencontres, des voyages. Un simple regard, un mot, une lumière peuvent tout changer, donner envie de glisser vers l’inconnu, de poser un œil différent sur le monde, de s’y ancrer autrement. Tenter de figer le temps, capter des instants de grâce et opérer son propre tournant : c’est en quelque sorte le chemin parcouru par la photographe italienne Luisa Puccini qui, de ses multiples voyages en Asie et en Afrique, rapporte des images s’ouvrant sur autant de mondes parallèles.
Avant de sillonner l’Asie, longtemps avant de succomber à la puissance émotionnelle de l’Afrique, à ses peuples et ses paysages, Luisa Puccini a eu une autre vie. Les quatre murs d’un bureau pour décor, une robe noire d’avocat en guise de tenue de travail. « J’ai exercé ce métier pendant 13 ans à Florence, raconte-t-elle. Mais il y a 15 ans, j’ai ressenti le besoin de changer de vie, d’en faire autre chose. J’ai tout arrêté, j’ai pris du temps pour moi, pour réfléchir, et j’ai réalisé que ce que j’aimais vraiment, c’était prendre des photos. » Elle déménage à Gênes, y apprend les ficelles du métier en autodidacte, ouvre un studio et décroche ses premiers contrats dans une agence de publicité. Mais c’est au fil de ses nombreux voyages qu’elle aiguise son regard sur la vie, au contact des richesses de l’Inde, du Laos, du Cambodge et de la Birmanie. Elle aime beaucoup, aussi, aller à la rencontre des peuples d’Afrique.

La pureté des paysages, la force des cultures

De ses multiples pérégrinations en Éthiopie, Luisa Puccini a rapporté des images colorées, authentiques, comme autant de perles suspendues aux cous de ces femmes rencontrées dans la basse vallée de l’Omo. Le long de la rivière, un sac à dos léger, un appareil photo et deux objectifs pour seuls bagages, elle a saisi des instantanés de vie d’un autre temps. Ici vivent des tribus d’agriculteurs semi-nomades. « Chacune possède ses propres traditions, souligne Luisa Puccini. Vous entrez dans un monde sans électricité où les familles vivent dans des huttes, se vêtent d’habits en peaux de bêtes, se drapent de parures de perles et cultivent un grand attachement à l’esthétique. De partout, émane la puissance de la nature, la pureté des paysages et la force de ces cultures. »

Des visages et autant d’histoires

Ce jour-là, le marché battait son plein dans la rue principale de Turmi, un village peuplé par la tribu Hamer. Une jeune femme se tenait là, appuyée contre le mur. Le visage auréolé de fines locks, les seins saillants à peine dissimulés sous la parure de perles, de peaux et de coquillages. « Elle était tellement belle, se souvient la photographe. Elle était là, à me regarder, tout naturellement, sans poser, avec tant d’intensité. Je n’ai eu qu’un instant pour la photographier. » Sur le chemin du voyage, Luisa Puccini croise aussi cette femme de la tribu Arboré. Nue sous ses dizaines de colliers de perles – dont certaines en verre, très anciennes – elle a découvert ses cheveux et porte son foulard sur les épaules. Au fil de l’Omo, toujours, surgit ce jeune homme de la tribu guerrière Mursi, le visage couvert de peinture. Puis ces enfants Koro qui sautent sur la terre dorée, en surplomb du large ruban de l’Omo. Dans le village, les femmes s’affairent. Victimes de la déforestation, les hommes ont dû s’en aller pour travailler dans les champs de coton d’une entreprise turque. Leur maigre salaire est la plupart du temps noyé dans l’alcool. Et pourtant, dans la joie des enfants qui s’ébattent, l’instant capté par le regard de la photographe semble magique.
L’Afrique est vaste. Fascinante dans la diversité de ses paysages, de ses cultures, de ses couleurs, que la photographe traque dans chacun des pays traversés. En Tanzanie ou au Kenya, la force de la vie sauvage traverse chaque image de Luisa Puccini. Au Maroc, à Essaouira baignée dans cette atmosphère si singulière qu’elle adore, Luisa Puccini caresse la lumière de son objectif. À l’heure où les pêcheurs reviennent au port, quand au pied des murs fortifiés de la ville, les goélands esquissent un ballet dans le ciel voilé par la brume, elle fige la douceur de l’instant. Aucun doute : les photographies de Luisa Puccini invitent au voyage.

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