30° Degrés Magazine - Global Arctic Awards

Global Arctic Awards
Les plus beaux clichés venus du froid

Texte: 30° Degrés Magazine: Claude Hervé-Bazin | Photo: Jesus M. Garcia

Chaque année, les Global Arctic Awards célèbrent la beauté des régions polaires au gré d’un grand concours de photo international. Pas moins de 9 catégories sont proposées, des paysages aux ours polaires en passant par l’Antarctique, les icebergs et les hommes immergés dans les extrêmes du Grand Nord.

A l’origine était un homme : Sergueï Anissimov. Photographe ? Journaliste ? Pas du tout. Sergueï est ingénieur radio. Un jour de 1984, sa carrière le mène loin de tout: à Салехaрд, une petite ville de 48 000 habitants grandie sur la rive droite de l’Ob, à près de 2000 km au nord-est de Moscou. Le Cercle polaire arctique s’y déroule en pleine zone urbaine.

Aux temps glaciaux de l’empire stalinien, des cohortes de prisonniers ont transité ici en route vers les goulags de Vorkouta. Certains ont bâti au prix de leur vie une voie de chemin de fer absurde déroulée sur 350 km entre taïga, toundra et marécages – revendue au poids de l’acier aux pires instants de la transition économique des années 1990.

Salekhard est aujourd’hui en plein essor. Capitale de la région administrative autonome de Iamalie (grande comme 19 fois la Suisse), elle est aussi la plus grande métropole russe du gaz – extrait du sous-sol de l’immense péninsule de Yamal, le « bout du monde » en langue samoyède. En surface, une autre vie s’affirme: c’est ici le bastion des Nénètses, un peuple semi-nomade chamaniste, éleveur de rennes. C’est à leur contact que Sergueï étrenne, à partir de 2004, son appareil photo numérique – le premier de tout le territoire.

Envoûté par le Grand Nord
Cette acquisition déclenche une passion soudaine. Sergueï ouvre enfin les yeux sur ce territoire glacé qui s’étend, immense, aux portes de son HLM. Il appuie sur le déclencheur. Encore et encore. Sa première participation à un concours photo est un échec: la route est longue jusqu’à l’excellence. Volonté chevillée au corps, il s’acharne. Sa blague favorite ? « Je disais à ma femme que j’allais passer la nuit chez ma maîtresse et, à ma maîtresse, que je restais chez ma femme… Tout ça pour aller faire de la photo ! »
En 2006, Sergueï se sent enfin assez confiant pour soumettre de nouveau ses images. Manque de chance : le concours auquel il voulait participer n’existe plus… Qu’à cela ne tienne. En chaque russe sommeille un combattant de l’impossible. Il expose. Et, puisqu’il ne peut plus concourir, il crée son propre concours ! Voilà comment, partis d’une obscure ville du nord-ouest sibérien, les Global Arctic Awards ont déferlé sur la planète photo.

Les Global Arctic Awards aujourd’hui
Sergueï est aujourd’hui un photographe reconnu pour son expertise de la péninsule de Yamal. Une bonne image, dit-il, « exige de la pratique, beaucoup de pratique. Du talent et un bon équipement. Mais, plus encore, de se trouver au bon endroit au bon moment. » Il faut voyager. Parcourir du pays. Sergueï a traîné ses guêtres au Groenland, au Spitzberg, en Norvège, dans le Grand Nord canadien et jusque sur l’île de Wrangel, dans l’extrême nord russe. Le magnétisme des régions septentrionales ne cesse de l’envoûter.
Chaque année, ils sont de plus en plus nombreux, à ses côtés, à affirmer la beauté et l’unicité de ces terres extrêmes. L’édition 2017 des Global Arctic Awards a ainsi vu 160 photographes, originaires de 28 pays, prendre part à l’événement. Parmi eux, 5 Suisses, sans compter Alessandra Meniconzi, membre permanent du jury. « Cette année, un photographe se détache de manière incontestée: le Norvégien Audun Rikardsen », affirme Sergueï. Professeur de biologie à l’Université de Tromsø, spécialiste des images sous-marines – si difficiles à réaliser sous ces latitudes –, celui-ci a déjà participé à plusieurs éditions, mais jamais ses clichés n’avaient atteint une telle technicité et suscité un tel engouement.

Ses photographies ont été présentées, parmi toutes celles couronnées, lors de la grande exposition organisée en avant-première à Salekhard le 18 février dans le cadre du Festival Art Arctic. Elles vont désormais partir en tournée d’un bout à l’autre de la Russie. Sergueï annonce parallèlement la publication prochaine d’un livre qui reprendra le meilleur des cinq premières éditions du concours. À suivre!

www.arcticawards.ru

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