30° Degrés Magazine - Socorro

Socorro
le bal des raies

Texte: 30° Degrés Magazine: Claude Hervé-Bazin

Rares sont ceux qui en ont entendu parler. Plus rares encore ceux qui ont eu la chance d’y poser le pied ou la palme. Flottant à environ 600 km à l’ouest des côtes mexicaines, en plein océan Pacifique, l’archipel de Revillagigedo a pourtant été classé réserve de la biosphère par l’Unesco. Au centre des attentions: l’île de Socorro et les grandes espèces pélagiques qui hantent ses fonds.

Le tourisme de masse y est inconnu. Le tourisme tout court aussi, d’ailleurs. Aucune liaison aérienne régulière ne permet de rejoindre l’île de Socorro, obligeant à un long voyage par mer depuis le port de Cabo San Lucas, à la pointe de la Basse-Californie. L’expédition se déroule entre novembre et mai, lorsque la météo et la mer sont plus clémentes, mais les eaux un peu plus fraîches (22-25°C contre 28-29°C en été).

Il faut une nuit entière au puissant Solmar V pour effectuer la traversée. Au matin, les silhouettes emblématiques des frégates découpées sur le ciel annoncent la proximité d’une terre. Bientôt, à l’horizon, dans l’immensité bleue, les falaises noires et nues de l’île se dressent dans leur solitude océanique. Première rencontre : un fou brun se pose sur le bastingage, regard inquisiteur. A terre, aucun signe de vie. Les seuls habitants permanents sont le personnel de la station navale gouvernementale.

Une île surgie des eaux
Volcanique, Socorro, comme toutes les Revillagigedo, est née sur le plancher océanique. Peu à peu, éruption après éruption, le magma, sourdant d’une faille dans l’écorce terrestre, a construit une montagne colossale dont le sommet a fini, un jour, par percer la surface des eaux. Isolée de tout, cette terre neuve a reproduit en vase clos le modèle de l’apparition de la vie sur Terre. Sur la lave coagulée, les premières fougères ont pris pied, leurs spores portés par les vents d’altitude. D’autres plantes ont suivi, échouées au rythme des marées ou involontairement déposées par un oiseau marin de passage. Certains ont décidé d’y nidifier. Et, bientôt, des écosystèmes uniques se sont constitués, évoluant en fonction de leurs propres réalités. Pas étonnant que certains biologistes parlent des Revillagigedo comme des « Galápagos mexicaines »!

Sous la surface, la vie
Si la terre affirme une austérité certaine, sous les eaux, c’est une tout autre histoire ! Socorro est réputée dans le monde fermé des plongeurs aventuriers pour ses big animal encounters, les rencontres avec les plus gros animaux. Pas moins de 20 espèces de requins croisent ici, notamment des requins baleines et marteaux – par bandes entières en période de reproduction. Chaque plongée, ou presque, apporte ici son lot d’ombres furtives aux ailerons blancs explorant les cavités ou tournoyant avidement entre les grands bancs de vivaneaux, de sérioles et de pagres. Les familles de dauphins, loin de fuir, s’approchent avec curiosité. Et, en février-mars, les baleines à bosse débarquent à leur tour.

Les plus célèbres résidentes de l’île sont les raies mantas. Atteignant ici l’envergure d’un petit avion (jusqu’à 7 m !), elles sourdent des profondeurs inaccessibles pour une séance de nettoyage dans les eaux de surface : dans une symbiose unique, les minuscules poissons-anges dorés (à la robe orangée striée de bleu !) les débarrassent volontiers de leurs parasites en échange d’un bon repas – passant même à travers leurs branchies. Particulièrement peu farouches, les raies évoluent lentement, comme planant, virant de bord d’un discret mouvement, n’hésitant pas à frôler les plongeurs de leurs ailes de géantes. Certaines semblent même chercher le contact, se positionnant juste au-dessus. Pourquoi ? Pour le plaisir de la caresse des bulles d’air sur leur ventre, semble-t-il. Des deux sous-espèces de raies mantas, la pélagique, rencontrée à Socorro, est pourtant réputée la plus craintive…

www.socorroislands.com

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