30° Degrés Magazine - Alexandre Deschaumes

Alexandre Deschaumes
La nature et la photo pour thérapies

Texte: 30° Degrés Magazine: Laurent grabet | Photo: Alexandre Deschaumes

Les «photographies éthérées» de ce Haut-Savoyard de 32 ans subliment une nature mystérieuse tout en trahissant son caractère tourmenté. Portrait.

Dévorer des bouquins de développement personnel, enchainer les postures yogiques, squatter le divan d’un psy quelconque, ou «chamaniser» au fond de l’Amazonie… Pour guérir cette «étrange mélancolie» qui l’habite depuis l’enfance, Alexandre Deschaumes aurait pu suivre l’une de ces voies. Mais le Haut-Savoyard de 32 ans leur a préféré la «photo cathartique». Pas franchement plus efficace, semble-t-il, mais bougrement plus créatif ! «La photo a été une façon de survivre», résume l’intéressé de sa voix monocorde. Tout a commencé il y a une dizaine d’années quand le futur photographe, alors death-black métaleux pratiquant, prend l’habitude de s’isoler en forêt avec ses tourments, le Canon G2 de son beau-père et les «énergies indicibles de la nature». «Aller me perdre dans ces brumes a commencé à me plaire. J’y calmais les souffrances nées du divorce de mes parents et aussi celles d’un impossible amour à sens unique.»
L’artiste autodidacte revient de ses pérégrinations avec des images. Il les juge aujourd’hui «nulles, kitchs, pleines de couleurs et de vieux effets pourris», mais les internautes visitant les sites sur lesquels il les poste à l’époque apprécient. Au fil des ans, les escapades se font plus fréquentes. Elles obéissent parfois à un appel impérieux. «Quand je bossais comme facteur, il m’arrivait, malgré la culpabilité, de me dire malade pour aller avec mon appareil dans la nature.»
Le postier tourmenté, «toujours en quête d’atmosphères oniriques et de jeux de lumière mystérieux, voire effrayants», s’attaque un jour à la montagne. En 2008, il part en trek dans le massif des Cerces (Hautes-Alpes). Là, un matin pluvieux, alors que ses amis musiciens sont à la traîne, il prend furtivement «la photo qui a tout déclenché». Celle d’un lac bleuté surplombé d’une trouée dans les nuages, par laquelle s’écoulent timidement quelques rayons de soleil. Depuis ce jour, Alexandre se focalise davantage sur la montagne où, dit-il, il se retrouve «connecté à la source» et à son «monde intérieur».
Aujourd’hui, le Français propose des cours de photo et même des stages en Islande et en Patagonie, mais il peine encore à bien vivre de son art. Et ce, même si un beau documentaire, «La quête d’inspiration», a mis en lumière son travail. «J’ai toujours eu du mal à me vendre et mes photos éthérées, bien que parfois teintées d’espoir, ne semblent pas faites pour séduire massivement!»
L’artiste torturé se sent à un tournant. L’inspiration qui l’a habité, ce célibataire ne la trouve désormais plus à deux pas de son petit appartement de Bonneville. A force de crapahuter avec 5 à 10 kg de matos photo dans le sac à dos, ses genoux montrent des signes de faiblesse. Et puis il doit encore compter avec ce «poulpe» mal identifié «qui le bouffe de l’intérieur» et que ni la photo ni la nature ne parviennent plus à anesthésier aussi bien qu’avant.
«Les photos d’Alexandre sont mystiques. Elles se reconnaissent entre mille. C’est tout le contraire de ces images un peu clichées qui finissent encadrées dans certains chalets, conclut plus optimiste Stefan Meyer, qui l’a exposé dans sa galerie biennoise. Bientôt, il sera difficile de s’en procurer, car cet artiste mystérieux ne peut qu’avoir le succès qu’il mérite!»


www.alexandredeschaumes.com

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