30° Degrés Magazine - Alessandra Meniconzi

Alessandra Meniconzi
Ses témoignages photographiques

Texte: 30° Degrés Magazine: Frédéric Rein | Photo: Alessandra Meniconzi

La photographe tessinoise se rend dans les endroits les plus reculés de la planète à la rencontre d’ethnies en voie de disparition. Elle y documente leur vie quotidienne dans une sorte de devoir de mémoire. Rencontre.

Sa fibre artistique, Alessandra Meniconzi a commencé à la développer au coeur d’une forêt de pieds de tables et de chaises! Elle avait 2 ans. «Ces «niches undergrounds» m’offraient une perception féerique du monde des adultes, que je représentais avec des jambes filiformes et d’énormes têtes», se souvient, amusée, cette native de Lugano. Entre 15 et 20 ans, au fur et à mesure de ses études de graphisme, l’enthousiasme de la Tessinoise s’effrite. Elle se sent à l’étroit dans ce monde à géométrie variable fait de grilles, de lignes, de calculs et de mesures. «J’étais nostalgique de l’époque où je pouvais laisser glisser mes crayons de couleur sur des feuilles immaculées», explique la quinquagénaire. Après l’obtention de son diplôme, elle met donc prématurément un point final à sa carrière de graphiste pour prendre un virage artistique plus en accord avec ses inspirations et se lancer dans la bande dessinée et le dessin de presse. «Je m’y serais sans doute épanouie si mon frère ne m’avait pas offert un jour un a pareil photo. Cela a été le coup de foudre. Cet objet est devenu mon fidèle compagnon de voyages, la sève de ma vie.» C’était il y a une vingtaine d’années. Depuis, l’esprit vagabond et l’insatiable curiosité de la photographe n’ont cessé de s’exprimer par le biais de reportages et de livres. Interview d’une véritable artiste, qui se voit simplement comme une «humble apprentie».

Après votre premier voyage hors d’Europe (au Kenya, à l’âge de 20 ans), vous n’avez eu de cesse de vous rendre dans des régions de plus en plus éloignées, que ce soit en Asie ou au coeur des glaciers arctiques. Quel est le dénominateur commun de vos voyages?
La rencontre humaine, avant tout. Je cherche à tisser des liens profonds avec les ethnies en voie de disparition, afin de témoigner au mieux de leur mode de vie. Un bon photographe doit être un ambassadeur de notre histoire. Sa quête constante de paysages et de cultures intactes doit attester de notre passé, d’avant l’ère de la globalisation. J’aimerais que mes photos soient une invitation à la réflexion sur un monde où la vraie richesse et la beauté sont encore le fruit de l’amour de la terre. La relation entre l’homme et son environnement est pour moi fondamentale, et rejaillit d’autant plus puissamment dans les endroits où les peuples ont dû s’adapter aux climats extrêmes et vivre en harmonie avec le rythme de la nature.

Les Alpes tiennent donc aussi une place à part dans votre coeur…
Les Alpes, et les montagnes helvétiques en général, représentent à mes yeux des endroits fantastiques. Dans ces régions subsistent des lieux où la nature est restée intacte et peuplée de gens qui la respecte. Je leur ai consacré des calendriers, des cartes postales, et quelques articles. D’ici la fin de l’année, je devrais aussi sortir un livre sur cette Suisse.

Vos photos et vos paroles semblent empreintes de nostalgie. Etait-ce mieux avant?
Ce n’est pas de la nostalgie mais plus une déception face à ce que l’homme fait subir à la planète, et donc à lui-même. J’essaie juste de montrer la beauté des choses afin d’être positive, car plus on voit des choses négatives, plus on le devient.

A titre personnel, que retirez-vous ces rencontres?
Elles m’ont appris à m’adapter aux différentes cultures et situations, à m’impliquer et à prendre la vie du bon côté. Chaque photo, chaque périple est une nouvelle leçon de vie, une occasion d’apprendre et de s’améliorer. Comme le disait l’écrivain britannique Bruce Chatwin, le voyage n’élargit pas seulement l’esprit, il le forme.

Avec le temps, votre approche de la photographie a-t-elle changé?
Ma façon d’interpréter le monde s’est modifiée. Je gratte davantage le vernis superficiel pour aller en profondeur. Je regrette toutefois que la photo ne me prenne que 20% de mon temps, les 80% restants étant consacrés à la vente d’images, au marketing, etc. Notre métier est en crise et il faut de la persévérance pour en vivre. Même si une bonne image continue à parler d’elle-même, il faut aussi désormais savoir en parler et se vendre, ce qui n’est pas mon fort.

Vous jouissez quand même d’une renommée internationale. D’ailleurs, quelle est la patte Meniconzi?
Je fonctionne à l’instinct, sur l’émotion du moment. L’élément principal qui donne son caractère à mes images est la lumière. Photographier, c’est un peu comme dessiner avec la lumière.

Avez-vous encore un rêve photographique?
Gagner assez d’argent pour pouvoir poursuivre mon travail de documentation sur ces populations restées en lien profond avec la nature. Ces cultures et ces lieux sont très fragiles et subissent inévitablement la pression de la modernisation. Mon souhait serait que ces rythmes archaïques lui survivent dans une coexistence harmonieuse.

www.alessandrameniconzi.com


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