30° Degrés Magazine - Ben Thouard

Ben Thouard
L’homme-océan

Texte: 30° Degrés Magazine: Claude Hervé-Bazin | Photo: Ben Thouard | Parution: mai 2018

A la question, « quelle activité exercez-vous ? », Ben Thouard répond « photographe de mer ». Un drôle de métier. Exercé sur l’eau. Sous l’eau. La plupart du temps à Tahiti, au contact de la mythique vague de Teahupo’o, en apnée, en quête de l’image qui saura retranscrire son émerveillement face à la beauté des océans. Ben est un poisson. Un artiste aussi, qui livre sa vision d’un monde assurément aquatique dans un livre poète : Surface

Enfant, Ben Thouard passe ses étés à dériver en Méditerranée, en voilier, aux côtés de son père marin. Une itinérance alliant à un but hypothétique (la Corse) un voyage en soi, à travers les magies de la pleine mer. Là où la plupart naviguent d’une terre à une autre, un brin de frayeur ancré en eux, Ben et son père laissent filer les semaines au large, au milieu de nulle part. Le jeune garçon y développe un lien viscéral à l’océan. Son bien-être, sa sérénité, son chez-lui, c’est le grand bleu qui les lui offre, entre sensualité et béatitude.
Accro au surf dès ses 8 ans, Ben quitte dès qu’il le peut les rivages toulonnais, trop flats, pour les spots hawaïens. Il y aiguise plusieurs années durant son sens de la vague et de l’image; voyage, butine de spot en spot, d’archipel perdu en break isolé. Le voilà au Timor, à Madagascar, en Indonésie, en Micronésie, au Mozambique. Le monde est un océan. En 2007, bingo: coup de foudre pour Teahupo’o, quartier général des surfeurs maohis. Ben s’installe à ses portes, entre la forêt couvrant les pentes de Tahiti Iti et le récif. Tout jeune encore, il s’invite déjà régulièrement dans les pages de 30 Degrés. Un lien se crée.

Lorsque l’artiste fait surface
Dix ans déjà que Ben tutoie la vague. La dévisage. L’envisage. L’apprivoise. Dix ans de progression et de réflexion qui débouchent, aujourd’hui, sur un livre amoureux: Surface. C’est là, entre l’eau et l’air, sur la peau de cet univers marin sans cesse mouvant, fugitif, que Ben évolue. «Les vagues ne sont qu’une déformation de la surface, dit-il. Leur interaction avec la lumière est fascinante, sans cesse renouvelée. Je passe aussi des journées entières à photographier juste sous la surface (en apnée), à tenter notamment de capter ce qui se passe de l’autre côté du miroir, à travers la transparence de l’eau.» Dans ces instants suspendus resurgit la plénitude de jadis, l’enfant plongé en Méditerranée.
A l’image, aux côtés des surfeurs, l’océan joue un rôle de plus en plus grand. Plutôt que de le découvrir depuis la terre, c’est la terre qui se livre depuis le large. L’océan n’est pas que scène, il devient acteur, tendance monstre sacré. Révèle ses humeurs, ses langueurs, ses ardeurs, ses paix sublimes. Joue avec les hommes, les tolère, les avale, les rejette. Les angles sont improbables, uniques, décalés, reflétant un monde inversé, tel ce remue-ménage des rouleaux s’écrasant sur la barrière réinventé en ciel d’orage. Après 13 ans de photo d’action, Ben s’est laissé submerger par la vision unique de la mer qui l’habite. Une intimité rare. Une complicité évidente. Le noir et blanc de ses débuts a ressurgi, au compte-goutte. Le résultat de cette quête intérieure l’a propulsé dans les galeries et le photographe de surf s’est mué en artiste éditant des images en tirage limité.(...)

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